Clémence - "trop maigre"

"J’ai toujours été fine: un bon métabolisme et beaucoup de sport quand j’étais jeune. Je ne stocke pas les calories, c’est comme ça. Petite, je me fichais pas mal de ce que l’on pensait de moi. Et puis arrive le lycée. Le corps change, on se cherche et le regard des autres devient tout d’un coup très important. Je pesais alors 50 kg.

Je pense que ces filles étaient simplement jalouses, qu’elles ne se rendaient pas compte de la portée de leurs paroles sur moi. A force de pics et mauvaises blagues sur mon hypothétique anorexie et alors que moi même je ne savais pas trop qui j’étais, j’ai fini par ressentir le besoin de coller avec l’image qu’elles avaient de moi. En parallèle, je suis  tombée malade. Je toussais beaucoup et j’avais du mal à dormir. On découvrira 6 mois plus tard qu’il s’agissait de la coqueluche. En quelques mois, je perds 5 kg, descendant ainsi sous la barre des 45 kg. Ma perte de poids est mise sur le compte de la “maladie mystère”. Je remonte la pente seule, je n’ai pas encore tout à fait compris ce que je viens de me faire. Je 

prends 3 kg en un an mais me refuse d’aller plus haut. Je passe bac et rentre à la fac.

Deux ans plus tard, changement d’orientation. Mes études ne me plaisent pas, je décide de me lancer ailleurs, en science informatique. La première année est difficile, surtout que j’essaye de sauter une classe. Le stress, la peur de l’échec, je donne tout mais ne suis pas sûre d’y arriver. J’ai l’impression de perdre le contrôle de ma vie alors je me venge sur mon corps et je m’affâme à nouveau. Mes vieux démons reviennent, je perds à nouveau 5 kg et tombe sous les 43 kg pour 1m62.

C’est mon binôme qui me sort de là. Il me voit tous les jours fondre et il s’inquiète. Il fait de ma prise de poids sa mission première. En plus de me faire manger, il devient le roc dont j’avais besoin pour lâcher prise. Je reprends 5 kg en un an.

Aujourd’hui j’oscille entre 48 et 49kg. Cela fait deux ans que je suis stable. Parfois quand je suis triste j’ai envie de recommencer, mais je sais que ce n’est pas la solution. A la place, j’en parle à mes amis mis dans la confidence. Ils m’aident à passer les périodes à vide. Le truc, c’est de ne pas rester seule."

 

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